Qu’attendre du levier apporté par la génétique pour les céréales ?
La génétique est-elle une solution pour maintenir les rendements ? Pour maîtriser les maladies ? Et pourquoi pas gérer l’enherbement ? Lors de ses journées de l’innovation organisées en janvier et février 2026, Arvalis, institut du végétal, a dévoilé ses pistes de recherche.
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Combien de quintaux de blé a-t-on gagné sur le rendement moyen depuis les années 2000 ? Aux champs, les rendements stagnent, voire diminuent. Alors le progrès génétique est-il toujours efficace ? Édouard Baranger, ingénieur régional Centre-Val de Loire à Arvalis, répond sans hésiter : « Le progrès génétique est bien réel ».
« Nous avons gagné autour de 15 quintaux par hectare en 25 ans grâce aux nouvelles variétés. Les causes du déclin des rendements sont à chercher ailleurs », a-t-il expliqué à Chartres le 10 février 2026, lors d’une des journées de l’innovation organisées par Arvalis. À noter que les nouvelles variétés ont une plus grande capacité à exporter l’azote dans les grains. Bien qu’elle soit diluée par le rendement, la teneur en protéines (GPD) a augmenté ces dernières années.
Le progrès génétique en blé tendre ne faiblit pas (12/03/2025)
Des variétés résistantes aux coups de chaud
Que ce soit en blé tendre ou en maïs, le rendement reste la première préoccupation des agriculteurs dans les choix variétaux. Viennent ensuite la résistance aux maladies foliaires, ou à la rouille jaune, l’adaptation aux coups de chaud et au stress hydrique, ou encore la sécurité d’une bonne levée face aux dégâts des ravageurs.
« Entre le changement climatique, la fin de certains produits phytosanitaires, l’évolution des souches de parasites… On recherche le mouton à cinq pattes ! La sélection variétale ne se limite plus à quelques critères agronomiques », résume Édouard Baranger.
Commençons par les aléas climatiques. Les techniques de phénotypage haut débit déployées par Arvalis permettent de mieux comprendre la réponse physiologique des variétés face aux stress. Par exemple, lors d’un coup de chaud en début de cycle qui impacte le nombre d’épis, certaines variétés compensent le nombre d’épis en fin de cycle, alors que d’autres sont stables. On parle alors de plasticité d’une variété.
« Dans des milieux à risques, il vaut mieux parier sur des variétés à forte plasticité comme Anvergure en blé dur, Chevignon en blé tendre, ou Mangoo en orge, souligne Bastien Chopineau, ingénieur régional Centre à Arvalis. 40 % de densité en moins d’épis équivaut à une perte d’environ 10 quintaux par hectare. » Ces travaux pourraient inciter à revoir les grilles de densité de semis.
Mieux prendre en compte les zones de production
D’autres essais de l’institut portent sur l’impact des sécheresses en fin de cycle. Les chercheurs observent la sénescence des plantes : la date du dessèchement et à quelle vitesse. « En maïs, on analyse une corrélation positive entre le maintien de la surface verte et le rendement. Autrement dit, les variétés avec une sénescence tardive et rapide, ce que l’on nomme le critère « stay green » (« rester vert »), pourrait avoir un intérêt », ajoute Bastien Chopineau.
Les ingénieurs s’intéressent également aux racines des céréales, qui jouent un rôle crucial dans la résilience des plantes face aux stress. Le projet européen Root2Res utilise un minirhizotron, une sorte de scanner souterrain, pour déterminer le diamètre et la densité des racines.
Plus globalement, la sélection variétale doit évoluer pour prendre en compte davantage les zones géographiques et les scénarios de stress différents d’une année sur l’autre. On parle alors d’envirotypage. L’objectif serait d’arriver à classer les variétés par rapport aux changements climatiques, pour chaque secteur.
Contrer la septoriose et la rouille jaune
Face aux maladies, les bioagresseurs sont variés, et il est difficile de choisir les critères de sélection. Pour certaines maladies, comme le piétin échaudage ou la ramulariose, la génétique n’a que peu d’effet. Par contre, pour la septoriose et la rouille jaune, les variétés résistantes progressent en continu.
« La course se fait souvent au coude à coude avec les bioagresseurs. Les souches mutent et contournent les résistances. Nous avions moins de contournements ces dernières années, mais en 2025, il y a eu un cas avéré d’un nouveau pathotype, virulent sur Chevignon en rouille jaune », précise Quentin Girard, ingénieuŕ ́régional Normandie à Arvalis.
Pour la JNO (jaunisse nanisante de l’orge), il semble que la recherche variétale ait un coup d’avance, mais pour combien de temps ? Pour le problème des taupins sur maïs, la variété semble le premier facteur d’attaque. La recherche continue.
De la hauteur contre les ray-grass
Face à la pression du ray-grass ou du vulpin, la variété peut-elle être une solution, ou au moins, peut-elle contribuer à limiter l’enherbement des parcelles ? Certaines variétés de blé tendre ont le pouvoir de freiner le développement du ray-grass plus que d’autres (Renan, Caphorn, Oregrain, Athlon…). D’autres tolèrent les adventices, celles-ci ont donc peu d’impact sur le rendement. C’est le cas de Numeric, Hendrix ou Glasgow.
Morgane Vidal, ingénieure régionale Île-de-France à Arvalis explique les facteurs de différenciation. « La hauteur à maturité est de loin le premier facteur explicatif. Puis viennent la couverture du sol et le port des feuilles. Mais l’efficacité réelle du choix variétal sur les pieds de ray-grass ne dépasse pas les 5 à 10 %. Il faut le combiner avec d’autres leviers, comme la date de semis. »
Pour les variétés (rendues) tolérantes aux herbicides, les VrTH, une vingtaine de variétés de blé tendre et une quinzaine pour l’orge d’hiver, sont testées à dose simple et à dose double pour voir s’il existe des différences variétales. « Pour ce genre de variétés, il faudra se poser la question du bénéfice – risque » à chaque fois : évaluer le risque de transfert de la résistance dans la flore endémique versus l’intérêt pour le désherbage de la culture, sans oublier l’encadrement technique, nécessaire et réaliste, pour minimiser l’impact de la technologie, ajoute Morgane Vidal. L’innovation variétale continue…
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